La peine de mort a été officiellement abolie au Gabon par la loi numero 3/2010, du 15 février 2010 portant abolition de la peine de mort ,bien que sa pratique ait cessé plusieurs années auparavant. Aujourd’hui, l’éventualité de son rétablissement soulève une profonde inquiétude. À SOS Prisonniers Gabon, nous nous opposons fermement à toute tentative de retour de cette peine cruelle, inefficace et fondamentalement injuste.
La peine de mort viole le droit à la vie, un droit fondamental consacré par la Constitution et inscrit dans les instruments internationaux ratifiés par le Gabon. Nul ne peut être privé de sa vie, même sous couvert de justice. Une justice digne ne peut reproduire l’acte qu’elle condamne.
Elle est par ailleurs irréversible. Dans un pays où les erreurs judiciaires sont possibles, où la justice reste vulnérable aux influences politiques, et où les enquêtes manquent souvent de rigueur, rétablir une peine aussi définitive serait irresponsable. La question se pose : la police scientifique gabonaise a-t-elle les moyens d’enquêter en profondeur ? Les magistrats disposent-ils des ressources nécessaires pour garantir une justice équitable ?
Est-ce vraiment l’absence de la peine de mort qui empêche de juger les auteurs de crimes graves ?
Ce n’est pas l’abolition de la peine de mort qui freine la justice dans notre pays. Ce sont l’impunité, le manque de volonté politique, et l’absence d’une justice véritablement indépendante.
Pourquoi, à ce jour, ceux qui seraient responsables de la mort brutale du jeune Karl Stacy Akoué, torturé à mort en octobre 2023 par des agents pour non-respect du couvre-feu, n’ont-ils pas été jugés ?
Pourquoi les auteurs présumés de la mort de Johan Bounda, jeune marin décédé dans les locaux du B2 en décembre 2024, n’ont-ils toujours pas été jugés ?
Les exemples sont nombreux. Ce que nous attendons, ce n’est pas le retour de la peine capitale, mais l’effectivité d’une justice équitable, indépendante, et qui protège tous les citoyens même les plus vulnérables.
La peine de mort ne corrige pas l’injustice, elle ne prévient pas le crime. Elle tue, souvent dans le silence, et parfois l’innocent.
L’inefficacité de la peine de mort est prouvée. Aucun lien direct n’a jamais été établi entre la peine capitale et une baisse durable de la criminalité. Pire encore, des pays qui la maintiennent, comme certains États américains, enregistrent des taux de criminalité plus élevés que ceux qui l’ont abolie. La peur de la mort ne dissuade pas les actes désespérés, impulsifs ou commis sous l’effet de drogues ou de troubles mentaux.
Nous appelons les autorités gabonaises à résister à la tentation populiste d’un retour en arrière. La vraie réponse à la criminalité passe par la prévention, l’indépendance de la justice, des enquêtes sérieuses et le respect de la dignité humaine.
« La grandeur d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses plus faibles, même ceux qui ont failli. »
SOS Prisonniers Gabon dit NON au retour de la peine de mort.
HUMANISONS LES PRISONS
